Repères Psy C A T   &   S W A L L O W S   
 






 





Petit essai d'un dire qui m'échappe ...


L'hyperespace et sa représentation ont retenu tous mes efforts autour des années 2000-2003. Après trois expositions aux résonances sporadiques, je tournais bride pour une réelle initiation aux royaumes souverains et partais sur les chemins de Compostelle. Certes, le risque humain de confrontation aux jouissances de l'Autre, qu'il soit inclus à l'écran du refoulement (la toile ou le papier d'aquarelle), à la figure (la sculpture, le polyèdre, la représentation 3D), voire au pur résonnement mathématique ou musical, venait là, sur le chemin, dans le développement géographique, dans l'effort quotidien, dans la tension de la promesse, se loger au plus intime du corps, au plus profond du moi, qui cette fois n'avait plus de choix, plus d'alternative: l'Autre était le chemin, et ce chemin, je le devenais.

C'est une fantastique chute de décors de théâtre, de fascinus en tous genres et d'illusions perdues qui dans la décantation kilométrique a dégagé un espace où l'écrit ne s'écrit plus de la même manière. Compostelle a été comme un trou. J'ai joué du violoncelle sur ce qui devait être la fosse sceptique du petit séminaire, j'ai dormi sous un laurier l'hébergement étant complet, et repartais pour le retour le lendemain après trois heures de larmes secoué par un impossible, devant un hall immense et vide, derrière la vitre d'un Palais des Congrès... J'attendais un royaume, une illumination, un simple recueillement en la Cathédr
ale sous l'envolée de l'Encensoir avait suffit:

Ma tête se détourne, le nouvel amour,
Ma tête se retourne, le nouvel amour.

La nuit suivante, je dormais dans les chardons, entouré de chiens qui hurlaient aux étoiles au Nord, à l'Ouest et au Sud. Il fallait déguerpir. J'ai compris plus loin combien le trésor et la quête de l'altérité recherchée étaient en moi. La coquille a bien fait sa place. La 4° dimension s'est surmultipliée pour en devenir une seule, très différente et bien autrement appréhendée. Il faudra des pages précises pour en dire. Ce chemin qui se retourne, qui de dehors se met à l'intérieur, cette absence criante qui se fait parole, c'est tout autant l'aventure de la dimension.
 




Passé les conceptions newtoniennes qui se rattachent à se materniser du monde et de ses lois, tel un Œdipe en puissance, justifié en ses propres concepts, mais on pourrait presque aussi bien dire en ses délires... la preuve en faisant foi de loi, il se retourne, au sujet de la dimension, fusse-t-elle scientifique ou poétique, voire linguistique, comme en ce vocable lacanien qui de dimension s'en tient à la mention du dit. En voilà une de lâchée. Elle fait trait sur la surface. Elle fonctionnalise l'approche même du monde. De séparé de son dire, le Sujet se corporise. Il en est là d'une singulière offrande à l'Autre nouée en diverses fonctions d'objet.
 
En référence aux dictionnaires de psychanalyse et aux littératures qui en traitent, essayons de reprendre les concepts newtoniens pour les replacer au niveau des discours lacaniens. Je reprends ici notes et schémas des conférences de Richard ABIBON. Qu'il soit chaleureusement remercié des risques et du travail de formulation qu'il entreprend ainsi que de la simplicité de son accueil. J'y inclus une grille anthropologique des couleurs issue de mes recherches quant à son utilisation plastique. Passant de Gœthe à Kandinsky, de l'Infrarouge à l'ultraviolet, voyons les choses dans l'ordre.

Trente années passées à utiliser la gamme chromatique m'a laissé une symbolique qui s'applique à correspondre à des repères certes anthroposophiques, du moins proche de ce que l'on entend par pulsion, ce réflexe enraciné au corps. Il est difficile de ne pas voir
dans le rouge la couleur du sang, fusse-t-il rédempteur, du moins coule-t-il dans les veines du règne animal, s'échappant de la blessure, scellant le traité du primat du visible. Pas grande différence d'avec le jaune urétral, qui s'échappe sous la pulsion aux racines anatomiques du premier constat des différences, lumière d'un Sarastro musical qui n'en brille que plus de son rayon tutélaire. Opposé à ces couleurs chaudes et organiques, le vert et le bleu font office de couleurs sublimales. Vert phytologique, tylliesque, de Tyllia, la nymphe qui soigne du liber du tilleul, il interroge comme le phosphoré des aiguilles. Reste le bleu du ciel ou du regard, pays de l'ailleurs, lettre s'il en est...







 

 
Pour plus de correspondances, voir

'Odes à la Lumière'
 




Armé de cette charte, nous pouvons tenter d'entrevoir l'articulation de la dimension dans le risque de la parole. Sortit de la tutélarité des lois physiques, le corps même du concept n'en existe qu'en son énoncé. A reprendre l'idée d'orthogonalité qui soutend les représentations euclidiennes, newtoniennes, jusqu'à einsteiniennes, on notera que la notion de dimension — point (0) - ligne (1) - plan (2) - espace (3) - temps (4) — nait d'un changement de direction de la même et unique fonction primaire dirons-nous, le concept représentatif découlant des conjugaisons de cette fonction n'en étant que le corolaire imagé : x —> f(x).

Parler de réalité s'entend en cette caverne d'Alibaba, en ce refuge du Nouveau Monde, en ce Pays de l'Autre, en cette représentation dont les repères s'éloignent au long des axes orthonormés comme autant d'autres représentants, d'autres prétendants, d'autres quarante voleurs, qui bien sûr s'occupent des pommes d'or de l'Arbre de la Connaissance et qui bien sûr s'entendent à la perfection dans les falsifications obligées des lois de la gomme, à toujours refaire la page au plus offrant, au plus utilitaire, au plus totalitaire, bref à faire de la dimension un droit à toujours plus en faire, du mensonge.

Mise en virtualité sur un système orthonormé, qu'il soit publicitaire ou religieux, qu'il fasse appel à l'image ou au verbe, à la couleur ou à la métaphore, à la légende mythologique ou au refoulement pulsionnel, le cœur de mon travail — certes d'artiste, représentateur de choses, mais pour cet acte de mise en page, ne faut-il en avoir lu les matériaux composants, — le propos de mon dire est donc de déceler le d'où cela parle et l'à qui cela s'adresse, tant est que devant le choix des fuites en exil, le sujet ne se rencontre qu'en son fort intérieur, page d'une altérité qui n'en est pas moins mise à l'épreuve des figures, de leur pertinence, voir de l'existentialité même de leur parole en elles-mêmes, lieu des identifications, des nominations, des reconnaissances intrinsèques bien loin des usurpations !



Alors maintenant, continuerai-je sur cette lancée, à essayer prodiguer en écriture ce qui fait l'habitation de l'homme en poète de sa propre existence ? Il y a un danger ou du moins je pressens l'ennemi majeur et sa manifestation : l'inconscient et son plus fidèle corolaire, le refoulement. Il y aurait tout intérêt à se taire. Ne rien dire ferait l'affaire de toute la pantalonnade du transfert, et les pantins de cette supercherie pourraient continuer à s'approprier les signifiants, la fonction, les jouissances et les panoplies d'objets virtuels qui traînent en-deçà ou au-delà de notre sacrosainte conscience commune, qui ma foi a bien du mal à rester à un stade d'écran, on dit bien de miroir, pour nous faire gober ce qui devrait être pris pour le meilleur, l'unique et l'inaltérable, la pure raison bordant notre univers vital et surtout réel.

Elle s'en est mise à parler en face et me déclare tout de go: il y a un problème. Ce doit sans doute être que je ne correspond plus au moule. Les temps changent. Disons plus posément que si je mange ce que l'on me donne et continue à me taire, je vais en crever, et si je fuis pour ne plus entendre cet état de fait, je vais en crever aussi. Alors, se taire et ne rien consommer. L'attente, presque la soumission. C'est le destin qui porte les lettres. Et celles qui parlent sont justement au lieu du manque. Dans le fait que ça manque, elles disent qu'elles sont des lettres. Rien que cela, oui, mais tout cela, c'est extrêmement simple. Un contrat dans le transfert. Le papier s'étale sur la table. Un petit coup de repassage. Mais ce qu'il y a à se dire, tu le vois mon amie, ce qu'il y a à se dire, c'est sous l'eau, du bois sculpté enfoui sous les eaux temporelles...

Peut-être pas tout, peut-être pas tout dans le souvenir, pour l'avoir refoulé, il faut qu'il se soit passé, l'évènement, la trace, l'objet qui s'était payé la face, qui en avait pris l'écran, et s'imposait de sa toute puissance ou de son ultime absence, au gré des arcanes pulsionnelles... La chose n'est pas derrière. L'être parlant se propose dans la question du temps à venir. Pas d'autre échappée. Le poème s'est chargé de futur. Il y a un accomplissement à la lettre. Il y a une application de la demande.
 



à suivre...











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